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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 21:10

Comme le dernier album s'intitule : "1000 chansons", on me demande souvent si j'en ai vraiment fait mille. Et récemment,  j'ai répondu que j'avais derrière moi "une vie de chanson".  Et j'ai pensé : "wouah ! plus de cinquante ans passés à courir après ce petit chiffon coloré qui vole au vent".


 La chanson se situe au confluent de la parole et du chant, du conte et de la musique. Elle participe du mot et du son. Pourtant, sa banalisation sur les ondes, dans la vie quoti1000 ch visuel simpledienne, l'a littéralement vulgarisée. Multidiffusée, on n'y prend même plus garde, on vit dans un bain de chanson permanent, au supermarché, dans les bus, le métro, la rue, les jeux, elle est partout, et sa valeur s'en est d'autant dépréciée. Le moindre synthé bas de gamme te pond des arrangements et  des mélodies à la chaine et te consacre compositeur, arrangeur. Tout collégien qui se respecte empoigne une guitare et inventedeux couplets et un refrain : le voilà chanteur. Nous sommes donc des millions à prétendre descendre de l'ordre des chamans, poètes, magiciens, et sans doute à juste titre ! 

 

Mag Chanson 76

Comme le conte, c'est un art de la parole, l'un des plus anciens, sinon le plus ancien. Si on a des traces de peintures rupestres, on n'en a pas, et pour cause, des chants de la même époque, mais il est certain que récit et chant entremêlés racontaient des histoires de courage ou de peur, de dieux, de guerre, de victoires, de défaites, d'amour, de désir ou de chasse...Ce sont des arts magiques, liés au mot, et le mot à l'origine est action sur le monde. Nommer, parler, c'est agir. C'est participer de la puissance du rêve et de l'imaginaire.

 

Quant à la musique, dont la chanson est aussi une branche, elle touche profondément par des voies secrètes et mystérieuses. La beauté, le charme secret d'une mélodie, d'une harmonie musicale, font surgir des émotions subtiles et nuancées. Mais le plus souvent, faute de pouvoir définir avec des mots cet univers trop impalpable, nous le gommons, tout simplement, nous l'ignorons comme s'il n'existait pas.

 

La mélodie ? Peu s'y intéressent, parce qu'il est difficile d'en parler, les mots restent à la porte, c'est de l'émotion pure, un pur mystère : pourquoi une mélodie fait elle mouche alors qu'elle est la simplicité même? Je suis toujours à la recherche de quelques rares pépites, toujours uniques, et jamais la veine n'est plus longue qu'une seule chanson. Il faut aussitôt reprendre sa barre à mine et creuser ailleurs, repartir à zéro, le mystère reste entier, toujours. Comme Brassens, je suis persuadé que la mélodie prime sur le texte. Trou de mémoire? On peut toujours faire la la la, la chanson continue à vibrer. Enlevez la mélodie, vous n'avez plus qu'un joli cadavre.

 

Cahier-Chanson-J.-Lae.jpg

mon grand père a commencé son cahier de chansons le 8 juin 1913

 

Quant à l'alliance des deux, le mot et la musique, mystère et boule de gomme, là aussi! Ce mariage d'amour nécessite un sixième sens, une intuition aussi particulière que le mariage des couleurs sur une toile. J'ai entendu récemment Hélène Hazera définir une bonne chanson comme « une mauvaise musique sur un mauvais texte ». Pas besoin de génie dans l'un ni l'autre. En revanche, le bon assemblage est acrobatique et toujours miraculeux.   Je ne m'aventurerai pas à disserter sur le charme d'une voix, mais il faudrait là aussi entrer dans l'inconnu de la vibration, du pur inconscient.

 

Dans les circuits de la "culture", il est fréquent de croiser des gens qui ont une bonne connaissance du théâtre ou des arts plastiques. Et on devine souvent quelques moues de mépris quand on évoque l'expression chantée, opéra excepté, bien sûr. Je crois moi que la chanson est un art. Mineur, si on veut. Et on s'en fiche, puisqu'elle vit de sa belle vie, légère et court vêtue, sautillante, dansante et profonde à la fois. C'est une fillette pétillante, rigolarde ou mélancolique au milieu des douairières de la cour. La vie même. Tiens, en voici une où ce n'est pas le texte qui touche.

 

 

Nick Drake : River man

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Published by Gérard DELAHAYE - dans Le métier de chanteur
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commentaires

Lapierre 29/10/2010 10:52


C'est vrai !
Et quelques fois elles reviennent au détour d'une nuit...


Lapierre 29/10/2010 08:48


Tout à fait d'accord avec toi... Je pense souvent à la scène de "Fellini-Roma" où des mineurs creusent le tunnel du métro et tombent sur des fresques merveilleuses mais l'air les fait
disparaître... J'ai l'impression d'être un mineur qui creuse puis tombe sur une chanson. Il faut vite l'écrire, la chanter, avant qu'elle s'évapore... Dylan, lui, dit : " Une chanson ressemble à un
rêve qu'on essaye de réaliser. Ce sont des pays inconnus où il faut s'introduire…'
Amicalement,
Jean Lapierre


Gérard DELAHAYE 29/10/2010 09:59



Combien de chansons magnifiques j'ai perdues comme ça...Rêvées dans le sommeil, ou pas notées au bon moment, ("c'est tellement magique, je m'en souviendrai !"). Sans doute n'étaient elles pas
aussi magiques, puisqu'elles n'ont pas surnagé : faut bien se consoler !



soazic 29/10/2010 00:28


Il est vrai qu'une chanson sans une bonne mélodie...n'est plus une chanson!!Mais,une chouette musique avec des paroles sans intérêt,ça fait quoi??
Tout ceci est bien subjectif, et finalement,j'aime bien l'idée que tout est possible et qu'il y a toujours une p'tite chanson pour nous accompagner dans nos différentes humeurs...


Gérard DELAHAYE 29/10/2010 10:00



Of course, il y a les deux extrêmes, on peut toujours pinailler ! 



Jean Théfaine 21/10/2010 19:38


Chez les intégristes de la chanson à TEXTE, tu ne vas pas te faire que des ami, mais tu as pourtant mille fois raison, old chap. La mélodie, il n'y a (presque) que ça pour faire d'une chanson un
air qui bat la campagne. Quant à l'alchimie texte, mélodie, grain de voix, ce n'est pas demain qu'on résoudra l'équation et c'est tant mieux. A part ça, le Nick Drake est super.


lorenzo 21/10/2010 08:27


Ce petit billet fait écho en moi, auditeur infidèle ou pas un jour ne passe sans ma dose d’écoute
Et ca commence dès à 4h du mat (si y en a !) ou seule la mélodie sait lequel des 2 pieds doit se lever en 1er.
La matinée s’accompagne sur la même fréquence, disons histoire de distraction sur un labeur souvent routinier.
La journée changement de décor et va y que les outils de bricolage s’accordent au rythme, bref un besoin de présence doublé d’un fond sonore couvrant le silence vide.
Enfin, de soirée même Morphée se veut en duo.

Du coup le plus délicat étant d’accorder toutes les petites oreilles en essayant de ne pas imposer ses préférences.

Le comble du tout étant de glisser gentiment et subtilement à un camarade de proximité, un air du tonner qui bouclera ainsi en lui et une bonne partie de la journée.
Non je ne voudrais surtout pas faire de victime ici

Oui c’est un pur bonheur d’autant que cela rend toujours de bonne humeur.

Avoir la musique dans le cœur …… oup’s


le breton noir 20/10/2010 00:54


d'acord, forçément d'accord ....