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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 22:38

Allez, un peu de technique ! Un spectacle est un mélange intime de technique et d'artistique. Toute création aussi, très probablement, et quelle que soit sa forme.

 

matos-repes.jpg


Toujours dans la construction du nouveau spectacle qui verra le jour les 17 et 18 mars, nous voici en répé au Théâtre Lillico, anciennement le Rallye, Rue d'Antrain à Rennes. Ouille ! Remise en route difficile hier, premier jour, après quasiment 5 mois d'interruption...Et toujours, ces fichus problèmes techniques qui nous pourrissent la vie ! Une vie de chanteur sur scène (surtout si ce chanteur s'appelle Gérard Delahaye !)  se passe à négocier avec le son de la salle, du système, des retours...Pour les non initiés, il faut savoir que le son que l'on reçoit en scène est le plus souvent très différent de celui qui est envoyé vers le public. Souvent le son qui est envoyé vers le public revient vers la scène fortement pollué par les réflexions diverses sur les murs, par les ondes arrière du système. Le son de scène est un donc mixage spécifique, pas nécessairement très esthétique, mais un outil de travail pratique. Moi, j'ai besoin de pas mal de niveau sonore pour chanter correctement. Sinon, je force, et ma voix se fatigue très vite.


Ceux qui ont lu le récit de la résidence à Chartres de Bretagne en septembre ont appris que j'ai fait un grand pas en utilisant enfin un micro HF (sans fil) , qui me permet de me déplacer sur scène plutôt que d'être collé derrière mon pied de micro. Ça s'était alors plutôt bien passé.


Mais cette fois, pas moyen de trouver un son de scène correct : « le micro HF, c'est le bordel », dixit un régisseur son. En effet, on ne peut pas envoyer un niveau sonore élevé dans les retours au sol : la punition est immédiate, Larsen, bouclage de son (le plus souvent aigu, mais pas toujours) qui tue les oreilles. Donc j'ahane toute la journée, jusqu'à ce qu'on décide de se procurer des « ear monitors ». Pour les non initiés : c'est un système HF là aussi (sans fil), qui permet d'entendre le son de scène à travers de petits écouteurs fixés dans les oreilles. Avantage : quasiment pas de risque de larsen, et un son réglable dans tous ses paramètres. Inconvénient : on est coupé du son réel et du public. Pour pallier ce défaut, on place un ou plusieurs micros qui renvoient à l'artiste l'ambiance de salle. Circuit complexe, mais oh ! combien béni quand il marche bien. Or, là ça marche d'enfer. Merci Dom, ange gardien !


Et je me suis retrouvé à chanter tranquillement au lieu de brailler comme un porc, cool ! Un peu trop cool peut être. Car le danger, c'est qu'on a tendance à chanter pour soi, au lieu de projeter l'énergie vers le public...Il n'y a pas de perfection ! Encore un apprentissage nouveau. Mais ...on progresse sur la voie du salut et sur le chemin des Pirates !


Ah, s'il n'y avait que l'Hââart, my dear...!

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Published by Gérard DELAHAYE - dans Le métier de chanteur
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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 23:12

Je l'appelle Jean Baptiste pour qu'on ne le reconnaisse pas. Il faut dire que Jean Baptiste est un costaud, un caïd, et quand je suis allé présenter le projet « Quelle drôle de Terre ! » devant sa classe, en novembre, il s'emmerdait ferme. Il regardait ostensiblement ailleurs, poussait de grands soupirs, genre « qu'est ce qu'on se fait chier... », et entrouvrait la bouche pour chantonner vaguement, parce sinon, il risquait de faire engueuler par la maîtresse.


Et puis le projet a suivi son cours : je suis venu répéter lundi avec les deux classes, et il se trouve que Jean Baptiste était un des plus costauds, des plus grands. C'est donc lui qui entrait le premier en scène, dans la file des grands, et lui aussi qui sortait le dernier, logique. Est ce ça qui l'a motivé?

 

 



Mercredi, le jour était venu de faire le spectacle, et je dois dire que Valérie, la maîtresse, qui est aussi chef de chœur, avait mis le paquet, et les 50 enfants chantaient à fond, mais juste, et juste fort comme il faut. Un vrai bonheur pour moi. Et aussi, je crois, un vrai bonheur pour le public. Et à la fin, à l'heure de autographes et des dédicaces, alors que tout le monde est parti dans la nuit et le froid, je vois Jean Baptiste avec ses sous à la main, les larmes aux yeux : « y a plus de disques »? « Si, cours vers Dom, là bas, c'est lui qui les a »...et il revient, bon dernier, faire signer en pleurant son CD.


« Mais...Pourquoi tu pleures, Jean Baptiste ? » et lui, en hoquetant de gros sanglots : « Pa-arce que...Parce que c'est fini... ». Et il est parti dans nuit, le costaud, avec un beau souvenir triste et heureux à la fois. Et moi pareil...


Merci à tous ceux qui ont fait que cette fin d'après midi puisse avoir lieu : Adeline, Stéphanie, Olivier, Fred, Valérie, Stevens et toute l'équipe!

 


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Published by Gérard DELAHAYE - dans concerts
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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 11:32
Ouahh...Ca file, les jours, les semaines, et je suis sur le bord de la route à regarder passer les voeux. Et moi, que je me dis, moi que je n'ai rien envoyé !!! Honte, honte !!! Comme je suis plutôt chanteur dans la vie, j'ai fait une chansonnette, genre de laridé pour enfants. Attention, il y a des infos importantes à l'intérieur !



Ceux qui ont tout compris lèvent le doigt...Non, il y a forcément un nom qui vous a échappé : il s'agit de Siobhan (prononcer  : Chevonne ! C'est du gaélique) Gately, dont je vous ai parlé il y a quelques mois.

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Published by Gérard DELAHAYE - dans Chansons inédites
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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 21:53

Puisque je viens de parler d'Age tendre et Tête de bois...Je me souviens parfaitement du premier 45 tours que j'ai acheté. J'avais entendu à la radio : « C'est à l'amour auquel je pense » Quizz : c'est qui ? On triche pas ! Réponse : Françoise Hardy ! Coup au plexus, au cœur, à l'entrejambe, coup de masse, désir inexprimé et même jusque là inexistant, sauf vague mélancolie boutonneuse. J'avais treize ou quatorze ans, et le son de la guitare électrique avait réveillé des créatures magiques endormies dans la boue. Je n'avais encore jamais acheté de disque. J'écoutais ceux de mes parents ou de ma soeur aînée. Deux jours d'hésitation. J'enfile la veste, les godasses, je prends le bus, cours chez le disquaire : Disco, Rue Jean Jaurès. Il l'avait ! Je reviens en courant, je le pose sur le Teppaz, et j'écoute Françoise. Je ronge mon trésor à petits coups de dents.


La voix de Françoise me caresse et me donne des frissons, un peu d'écho, la guitare un peu Shadows avec sa réverb, la basse primaire, mais justement : facile à situer. Et le pont, avec sa modul...Bref, une vraie réussite de petite chanson romantique pour ados. Et tant pis s'il y a une faute de français, ou du moins une maladresse stylistique... On ne fait pas la fine bouche quand l'émotion déborde.

 

 

 


J'essaie toujours de revenir à cet instant quand un titre déclenche un séisme chez les jeunes, et que je ne comprends pas : Raphaël, il y a quelques temps ou tel groupe d'ados qui me semblent tous pareils, mais non, Gérard ! Ils déclenchent les mêmes torrents de la même lave incandescente que pour toi ce jour là.


Il y a néanmoins une différence, peut-être : c'est l'immédiateté de l'accomplissement. « Le meilleur moment de l'amour, c'est quand on monte l'escalier » disait, paraît il, Clémenceau. C'est un peu pareil pour une chanson, un album. On l'entend à la radio, et il faut se donner un peu de peine pour retrouver sa trace, le titre, l'interprète...Souvent, mais pas toujours, le coup de foudre est bref, et on va se lasser. Mais il y aura eu cette quête, cette recherche, ce désir qui brûle, qui grandit avec l'obstacle. Et parfois l'émotion demeure, et se renouvelle à chaque écoute. Mystère d'une voix, d'une mélodie, d'un son de guitare...Grimper dans l'arbre pour cueillir le fruit, au risque de se casser la binette, comme je disais avant d'apprendre à dire des gros mots.


« Deezer » est presque l'inverse phonétique de « Désir ». Tout, tout de suite. Et je jette. Je compense par la quantité, je passe de l'un à l'autre. Je suis aussi un adepte du plus grand juke-box planétaire, mais souvent je regrette mes désirs perdus. Un truc de vieux, sans aucun doute ! Allez, je vous y envoie quand même pour l'écouter : « C'est à l'amour auquel je pense ». Vas-y Françoise ! Tout en douceur...Je revois mes 14 ans qui cachaient leur douceur sous les ongles rongés.

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Published by Gérard DELAHAYE - dans Une chanson
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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 23:23

age tendreJ'ai été invité, sinon, je serais pas allé, sûr. Mais bon, j'étais invité, par les ricochets du labyrinthe de Machin qui connaît Truc...Et j'ai failli oublier : on dit merci à la dame, et aussi à l'autre dame, et au monsieur qui nous a donné une bonne place ! Nous voici donc à l'entrée du Musik Hall. Autour de nous, pas un chat qu'aurait moins de 50 balais. Des papys et des mamies. Zut, on a le même âge ? Moi, je suis comme eux ? Ben oui, j'ai des petits enfants et ils m'appellent papy. Donc j'en suis un : La preuve ! Bon admettons.


Il est 20 heures, et ça doit commencer à 20h15. Pour passer le temps gentiment, un speaker nous vante la « Croisière des Idoles ». 990€ la première personne, gratuit la deuxième ! Incroyab' ! J'attends quand même de les voir les idoles,  avant de signer pour la croisière. Ça dure, le démarchage. Longtemps.


Puis le spectacle commence. Le son est plutôt correct, mais pas trop fort, ouf..! 8 ou 9 musiciens qui assurent. En entrée, Pierre Groscolas (c'est qui?) chante « Lady lady lay ». Ah, mais oui ! Et d'autres ensuite...Certains ennuient, d'autres passent la rampe. Isabelle Aubret, toute simple, et beaucoup d'émotion. Et une découverte pour moi (tardive !) Claude Dubois, un Québécois qui faisait partie de l'équipe qui a créé Starmania, une voix haute, et une énergie très touchante.


Sheila se défonce à faire sa Madonna. Elle chante en dansant comme une jeune avec des danseurs. Mais elle a pas une ride, dis donc ! Quel âge elle a, déjà ?  Mais t'as tout faux, Sheila, tout le monde s'en fout, c'est pas ça qu'on est venu chercher, c'est de la nostalgie. Et en plus on n'a même pas le droit à "Donne moi ta main et prends la mienne..." (L'école est finie)


J'avais vu à la télé, un documentaire sur cette tournée. Frank Alamo m'avait paru lourdement insistant (« c'était tellement mieux, hein, à cette époque là »...). Voilà que le pauvre a chopé une sale maladie dégénérescente, et ne peut plus être du spectacle. Mais il sera quand même à la table des dédicaces, pendant l'entracte. 


On ressort avant la fin en se disant qu'on en a vu assez, tant pis pour Richard Anthony et le train qui siffle,  on quitte le barnum. Et que si on voulait vraiment, on pourrait faire de ces soirées une merveille de chaleur humaine, de la vraie beauté. Mais sans doute que les 5000 "plus de 50 ans " de la séance repartent malgré tout avec un peu de chaud au cœur, et un pincement, souvenir de la jeunesse enfuie.


Je ne suis pas du tout un nostalgique. Je ne regrette pas un seul instant ma jeunesse. Juste parfois, un peu, le rire de mes enfants quand ils étaient petits. Mais pas les idoles. La vraie vie, c'est maintenant.

 

 


 

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Published by Gérard DELAHAYE - dans Au pestak !
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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 11:11

Petit cadeau de Noël ! Récit d'une rencontre émouvante à Beyrouth, il y a quelques années.

 

 

 

 

 

J’ai entendu parler de gens qui ne supportent pour leur thé que la porcelaine de Chine. « Tu sais, mon chou, la porcelaine fait naître un parfum incomparable ". Moi, je m’étais remis à la chasse à la bouilloire, une petite bouilloire en laiton, qu’on ne trouve que dans les souks et que je voulais rapporter à la maison. On peut la poser directement sur la flamme du gaz, on y fait bouillir de l’eau, on peut même s’en servir comme théière.

 

La bouilloire n’était qu’un prétexte, bien sûr. Ça faisait sérieux ! Mais en réalité, ça me plaisait d’errer sans but, pour le seul plaisir de marcher. J’allais donc dans le quartier de Hamra, sac au dos et nez au vent, dans le chahut de la ville orientale, fait de klaxons avant tout, langage complexe des « taxis-services » qui chassent le client à petits coups de pouet-pouet. Et Beyrouth c'est déjà le début de l'Orient mystérieux.

 

HamraTiens ! Une vitrine où trônent des robots ménagers, des torchons, des plats, des assiettes, des cloches à fromage, des couverts en inox, tout un bric-à-brac de ménage sous une enseigne qui annonce : « Happy Home » : beau programme ! J'entre, plein d'espoir. A l’intérieur, on circule difficilement entre le barbecue électrique, la machine à coudre, les poupées archikitsch dans leur carton fleuri, les cadres rutilants autour des ruines romaines de Baalbek. Et je me retrouve soudain dans le bazar de Kérinou, à Brest, chez monsieur Mevel, où l’on vendait du fil, des aiguilles, des Dinky Toys et des Majorettes, des louches et des couteaux, des cahiers d'écolier. Un couple finit ses achats, qu'un vieux monsieur presque chauve, tout courbé, fragile dans sa blouse grise, est en train d'empaqueter dans un papier cadeau. Je fais le tour des étagères : rien qui ressemble à ma bouilloire. Zut !

 

Je vais sortir, quand le vieux vendeur engage la conversation. Il a une voix toute douce.

- Qu'est ce que vous faites à Beyrouth? Touriste?

- Non, pas vraiment : je chante au lycée français, pour les enfants.

- Alors, vous jouez d'un instrument ? 

- Bien sûr, je joue de la guitare.

Son visage fripé s'illumine. Il file dans l'arrière boutique et en ramène une guitare à cordes nylon, toute amochée, couverte de plaies et de bosses.

- Une chanson douce?

Je ne comprends pas tout de suite. Il fredonne :

- Une chanson douce que me chantait ma maman... 

- Ah, mais oui, bien sûr...!

 

En souriant, il me tend la guitare, m'installe sur un tabouret, s'assied près de moi tout penché et je lui chante la chanson d'Henri Salvador. Les cordes sont beaucoup trop hautes, mais j'arrive à jouer quelque chose qui ressemble à l'arpège originel d'Henri le guitariste. Il murmure : « Salaam, salaam , c'est beau, c'est beau ! ». Il garde les yeux fermés. Il se balance. Il est au pays du bonheur, et je suis presque gêné de le voir si heureux, sans retenue. Les années cinquante, la jeunesse insouciante avant la guerre, ça doit défiler dans sa tête...

 

 

 

Et pendant plus d'une heure, nous échangeons des airs, au milieu des assiettes, des moulins à légumes, des râpes à fromage et des cocottes minute. Je lui chante « Bambino » et « La mer » de Trenet. Et lui, de ses doigts hésitants, il me joue « La Paloma » et des flamencos un peu boiteux. Ses mains tremblent, il a le regard en dedans. Coup de chance, il n'entre pas de nouveau client dans le « Happy Home ». Nous sommes tous deux au pays de la musique, le pays où il n'y a pas besoin de passeport. Au moment de partir, je veux lui acheter une petite théière émaillée de bleu : ce n'est pas du tout ce que je cherchais, mais ce sera le témoin, le souvenir de ce moment magique. Il refuse net mon argent :

 

- Mais non, mais non ! Vous avez donné quelque chose, merci, merci !

Et comme il voit que je m'apprête à partir, vite ! il trottine derrière le comptoir. Il en sort encore une autre guitare, plus petite, plus facile à jouer, mais un peu fausse. Je joue encore, il est heureux.

- Salaam, salaam !

Je reviens à mon hôtel en taxi-service comme sur un tapis volant.

 

théière bleue

Aujourd'hui, la théière bleue est dans la cuisine, devant la fenêtre. J'y préparais des tisanes. Mais il fallait se méfier : elle brûlait les doigts. Ma nièce m'a fait remarquer que le fond était tout rouillé, elle voulait la mettre à la poubelle. Hé ! Ça va pas la tête ? Y a un génie dans la théière ! J'y mettrai des fleurs !

 

Une chanson douce que me chantait ma maman...

 

 

 

 

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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 20:26

mouettes


Ca sent le gazoil quand on entre dans la salle des fêtes. Et ça caille un max. C'est jour de grand froid, et ça n'a pas dû être chauffé depuis plusieurs jours. Ouille ! qu'on se dit, on va jongler ! La dame qui nous accueille est accompagnée d'un petit garçon, quatre ou cinq ans, je comprends qu'il s'appelle Valentin, et il a du mal à s'exprimer.

- Tu vas chanter, Valentin?

- Non, Non ! Ze sante pas ! Il semble terrorisé à l'idée de chanter.


La dame est famille d'accueil, et le gamin vient d'arriver il y a une petite semaine. Sans cesse, il l'appelle :

- Mamie !

Et sans cesse elle corrige :

-Non, c'est pas Mamie, c'est Denise ! 

 

 

(Des guirlandes dans les bananiers. Paroles : Michel Boutet, Musique: Gérard Delahaye)


Denise fait partie d'une équipe de Bigoudènes, mais sans coiffe ni costume. C'est l'Amicale Laïque. Et pendant qu'on monte le matos, elle prépare avec ses copines des petits paquets cadeaux. Au fond de la salle, face à la scène qui fait 1 bon mètre 20 de haut, une fresque naïve de bateaux, mouettes et promeneurs bigoudens. On pourrait peindre des montagnes à la mer et inversement, mais non, à la mer, on peint la mer. Etonnant, non?


Dehors, froid piquant, ciel bleu, luminosité marine. Après le repas, je cherche un bistrot où boire un thé chaud. J'aurais bien voulu visiter le Leskobar, qui m'a l'air bien sympathique, mais hélas, il n'ouvrira que plus tard dans l'après midi. De bistrot, il n'y en a qu'un ouvert à cette saison et à cette heure, mais c'est un havre de paix, joyeux et chaleureux. Des jeunes, des vieilles, des vieux, des moyens, et tout le monde discute et rigole, vie de village. Je bois mon thé au lait en regardant le PMU à la télé, écran géant.


Les enfants arrivent. De mon placard à balais (j'ai eu le choix : j'ai pris côté jardin, mais il y en a aussi un côté cour, avec le stock de chaises. Les deux sentent le gazoil) je surveille le déroulement des opérations. Jusque là, je suis un peu résigné, vu les conditions de confort, et je m'attends au pire...Mais dès le début du spectacle, miracle ! Les enfants chantent, rient, exultent, explosent, participent avec une joie, une fraîcheur et une bonne humeur tellement claire et puissante, que je m'envole avec eux, on est tous comme un vol de mouettes. Cette heure file comme une flèche de bonheur. Les enfants des villages sont-ils moins gâtés que ceux des villes, moins blasés ? A la fin, je pourrais faire 12 rappels + séance d'autographes obligatoire. Les paquets cadeaux? C'est pour les maîtresses !


Denise et ses copines rangent les bancs et les chaises.

- Alors, Valentin, tu as chanté ? Son visage s'éclaire :

- Oui zai santé...Et il repart faire le tour de la salle en courant, cahin caha , Il se casse la figure tous les 50 pas. Il a eu les deux jambes cassées quand il était petit. Mais il repart bravement, et court en rond dans la vieille salle des fêtes de 1950 qui a dû en voir bien d'autres, des coureurs et des tombeurs.


On repart, Dom' et moi, la joie au coeur.

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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 22:37
Une chanson pour Noël : Papier cadeau - Paroles : Fabienne Ogier Guillou / Musique : Gérard Delahaye

Petite anecdote sur la France qui se lève tôt :  un matin de dernier jour de cette tournée de Noël, l'an 90 ou 91, je me suis levé vers 5 heures. Le "chanteur-pour-enfants" chante tôt, ce matin là, vers 9 h-9h30, il doit donc installer son matos sur site vers 8 heures, et il a une heure et demie de route. Fais le calcul, il doit se lever dès potron-minet ! Un miroir cassé attend patiemment son heure, appuyé contre la plinthe de la salle de bain, mauvais geste, dans l'agitation du réveil, boum, le miroir tombe et coupe l'arrière du pied. Aïe ! Ça saigne ! Le chanteur désinfecte rapidement, bouchonne un pansement à la va vite, pschwiitt ! Et file à Locminé dans sa

 

volvo break

vroum! Monte le matos, joue, démonte le matos. Monter, démonter, ça va, mais porter l'ensemble de la bagnole à la scène et retour...ça tue ! Et le pied fait mal. Aïe !

Reprend la route, repasse à la maison, on refait le pansement, ça saigne toujours et ça commence à faire vraiment mal. L'après midi, après un spectacle dans un salle du quartier Villejean à Rennes :

- Gérard, tu devrais consulter, quand même, c'est pas sérieux ! Urgences au CHU Pontchaillou.

- T'as vraiment du bol, hein, c'est tout près !

Et le lendemain matin, on lui recousait le tendon d'Achille, qui, coup de chance, n'avait pas été tranché totalement. Sinon, il n'aurait pas pu jouer les héros du Père Noël. Mais voilà comment on le creuse, le trou de la Sécu !


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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 22:59

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:JBDBbNW182nCoM:http://images.topflood.com/pere-noel-arrive.jpg

-  « Les enfants de militaires sont disciplinés. Ne vous faites pas de souci».


Ben si, je m'en fais, justement, parce que j'ai des heures de vol, et quelques milliers de spectacles derrière moi m'ont prouvé que les enfants se comportent partout de la même façon s'ils ne sont pas encadrés, et si on leur laisse l'occasion de déborder. Et ça ne rate pas.

Les militaires sont-ils rigoureux? L'aspirant (qui est une charmante jeune femme) nous avait annoncé 500 participants à cette fête de Noël. En réalité, c'était...500 enfants. Donc plus de 1000 personnes puisqu'il y a quelques parents, quand même. Quand on débarque dans la salle, et qu'on voit le bataillon de chaises, on frémit (Dom', et moi) Notre sono assure pour 350 - 400 personnes...Heureusement, Dom' le magicien va récupérer le signal sur la sono de la salle et sauve à peu près les meubles. Premier choc d'adrénaline à peu près étalé.

 

Les premiers rangs de chaises sont à une dizaine de mètres. Je demande qu'on les rapproche.

- Mais non, vous voyez comme la scène est haute, ils ne verront rien.

Mais si on laisse les chaises comme ça, ils vont s'asseoir par terre, et au bout de dix minutes, ce sera le foutoir, ls vont sauter, danser, se bagarrer...Vous savez, j'ai un peu d'expérience dans ce métier. Et c'est là que j'ai droit à la fameuse réplique du début :

- Mais non, Les enfants de militaires sont disciplinés. Ne vous faites pas de souci.

Dès la première chanson, trois enfants dansent. Au bout de 10 minutes, il y en a cinquante, et c'est le foutoir, ils sautent, ils se chamaillent et se bagarrent. Et forcément, personne ne chante, alors que le charme de ce spectacle se dévoile dans le chant du public. Philosophe et placide, j'applique la « tactique Patrik Ewen », et visualise mon chèque, tout en continuant à faire l'animateur souriant. 

 

Ouf, au bout d'une heure, je suis sorti de la cage aux lions, à peu près vivant. C'est le tour du Père Noël. Pendant que je me change, j'entends le fameux cantique : « Petit papa Noël », indétrônable standard. J'ai l'habitude. Mais là où je tombe par terre, c'est quand j'entends : « Minuit chrétien, c'est l'heure solennelle où l'homme Dieu descendit jusqu'à nous Pour effacer la tache originelle Et de son père arrêter le courroux : Le monde entier tressaille d'espérance A cette nuit qui lui donne un sauveur Peuple, à genoux attends ta délivrance, Noël ! Noël ! Voici le Rédempteur ! Noël ! Noël ! Voici le Rédempteur !... » toujours par le beau Tino Rossi ! Alors, celle là, on ne me l'avait jamais faite ! C'est une grande première ! Sacrés militaires ! Ils ont décidément une grande stabilité de valeur, le sabre et le goupillon


 

Séquence suivante : l'animateur sur scène :

- Dans quelques minutes, nous allons vous présenter toute l'équipe qui a œuvré pour cette après midi récréative

L'assistante du Père Noël se précipite, elle porte un costume rouge et sur la tête un chapeau avec plein de lumières rouges qui clignotent.

- Ben, Jo, faudrait se magner, hein ! Parce qu'ils sont tous en train de se barrer, maintenant qu'ils ont eu les cadeaux.

 

Tiens un petit cadeau de fin, je chantais ça à mes tout débuts, en scène avec aussi du Nougaro, Brassens, Ferré, et du folk...Le sabre et le goupillon  de et par Jean Ferrat.

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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 21:07

Avec Yvon le Men et Patrik Ewen à St Nicodème et Le Faouët 22 (à ne pas confondre avec le Faouët 56 !)


Le principe du Festival « Paroles d'hiver » est d'envoyer des spectacles partout dans les Côtes d'Armor, et surtout là où il n'y en a pas d'habitude. Chaque soirée est prise en charge par une équipe locale, et le Festival met à disposition l'équipe technique et le matériel. Vu côté artiste, c'est toujours un peu déconcertant, car les salles ne sont pas de "vraies" salles de spectacle. Nous, Yvon, Patrik et moi, ça ne nous fait pas peur : on écume toutes sortes de lieux en Bretagne, depuis les années 70. Mais ce spectacle là, on ne l'a jamais joué que sur de "vraies" scènes. Petite inquiétude, donc.  


J'ai déjà parlé de ce spectacle que nous venons de remonter 20 ans après sa création et avec quelques soucis au début. Pour voir les épisodes précédents cliquez ici.


A Saint Nicodème, alors que les prémices du déluge s'abattent dehors en hurlant, tout s'annonce bien. Attention : retransmission en direct, s'il vous plaît, dans le monde entier, puisque Radio Kreiz Breizh, basée dans le bâtiment qui jouxte la salle polyvalente où nous jouons, met en place un système d'enregistrement et diffusion sur ses ondes et sur le net. L'équipe d'accueil, comme elle le sera le lendemain au Faouet, d'ailleurs, est motivée et efficace. On prend le repas ensemble, sur place, et la salle se remplit doucement de gens du cru, de familles avec enfants. Yvon se réjouit d'une telle affluence pour de la poésie. « Mais non, Yvon, ils viennent pour les histoires et les chansons ! »Je ne peux pas m'empêcher de le chambrer ! Mais 200 spectateurs pour un village de 200 personnes, c'est plutôt un succès, non?


Contrairement à la création, à St Martin des Champs, où Patrik et Yvon entraient et sortaient selon leurs interventions, la scène ici est minuscule, et nous avons pris le parti de rester assis côte à côte pendant l'ensemble du spectacle. Pas facile, d'autant que la lumière ne permet pas vraiment de nous isoler quant on n'est pas en action. Il est probable que beaucoup ne savent pas exactement ce qu'ils vont entendre. Il n'est pas si courant d'avoir sur la même scène un conteur, un poète, un chanteur. Mais on sent qu'ils entrent peu à peu dans le voyage qu'on leur propose. Un voyage vers l'Extrême Nord, mais aussi vers une intériorité intime. Globalement, tout se passe bien. Mais voilà que mon micro HF se met à réagir bizarrement, avec des sautes de niveau, fort, puis faible, puis fort, dents de scie désagréables...Et je ne pense plus qu'à ça, le diable noir est en pleine action. Merdalors ! Heureusement, il y a mes deux compères, qui assurent, et il y a les chansons, les textes, qui nous portent au moins autant qu'on les porte. A la sortie les gens semblent comblés.  


Le lendemain aussi. Au Faouët, (où selon les organisateurs, on a refusé une centaine de spectateurs !) On a quand même réussi à en faire entrer 180 dans la salle prévue pour 90...Pas mal pour de la poésie ! (mais non Yvon !..) et dans un village de 250 habitants. Et ceux qui sont là vibrent avec nous à l'unisson. La scène est encore plus petite que la veille. Pas croyab' ! Juste devant nous, un gamin assis par terre joue à la toupie. Pas de problème technique, cette fois. Et je sens que le vaisseau vogue au mieux.


A notre sortie de scène, les commentaires rejoignent ceux de la veille : « ça nous fait du bien d'entendre un autre langage que dans les médias, qui nous sucent le sang et nous pompent toujours le même air de la crise et d'une réalité grise ». « Merci pour ce voyage, j'ai vu de belles images, des paysages »...Quel beau métier ! On n'est pas des stars, mais on est un maillon de vie dans ce pays. C'est pour ce sentiment de communion qu'on a choisi ce métier il y a longtemps. Et de plus en plus souvent je rentre à la maison avec le sentiment d'être à ma place dans le monde. Ca ne serait pas ça le bonheur ?

 


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