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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 20:26

mouettes


Ca sent le gazoil quand on entre dans la salle des fêtes. Et ça caille un max. C'est jour de grand froid, et ça n'a pas dû être chauffé depuis plusieurs jours. Ouille ! qu'on se dit, on va jongler ! La dame qui nous accueille est accompagnée d'un petit garçon, quatre ou cinq ans, je comprends qu'il s'appelle Valentin, et il a du mal à s'exprimer.

- Tu vas chanter, Valentin?

- Non, Non ! Ze sante pas ! Il semble terrorisé à l'idée de chanter.


La dame est famille d'accueil, et le gamin vient d'arriver il y a une petite semaine. Sans cesse, il l'appelle :

- Mamie !

Et sans cesse elle corrige :

-Non, c'est pas Mamie, c'est Denise ! 

 

 

(Des guirlandes dans les bananiers. Paroles : Michel Boutet, Musique: Gérard Delahaye)


Denise fait partie d'une équipe de Bigoudènes, mais sans coiffe ni costume. C'est l'Amicale Laïque. Et pendant qu'on monte le matos, elle prépare avec ses copines des petits paquets cadeaux. Au fond de la salle, face à la scène qui fait 1 bon mètre 20 de haut, une fresque naïve de bateaux, mouettes et promeneurs bigoudens. On pourrait peindre des montagnes à la mer et inversement, mais non, à la mer, on peint la mer. Etonnant, non?


Dehors, froid piquant, ciel bleu, luminosité marine. Après le repas, je cherche un bistrot où boire un thé chaud. J'aurais bien voulu visiter le Leskobar, qui m'a l'air bien sympathique, mais hélas, il n'ouvrira que plus tard dans l'après midi. De bistrot, il n'y en a qu'un ouvert à cette saison et à cette heure, mais c'est un havre de paix, joyeux et chaleureux. Des jeunes, des vieilles, des vieux, des moyens, et tout le monde discute et rigole, vie de village. Je bois mon thé au lait en regardant le PMU à la télé, écran géant.


Les enfants arrivent. De mon placard à balais (j'ai eu le choix : j'ai pris côté jardin, mais il y en a aussi un côté cour, avec le stock de chaises. Les deux sentent le gazoil) je surveille le déroulement des opérations. Jusque là, je suis un peu résigné, vu les conditions de confort, et je m'attends au pire...Mais dès le début du spectacle, miracle ! Les enfants chantent, rient, exultent, explosent, participent avec une joie, une fraîcheur et une bonne humeur tellement claire et puissante, que je m'envole avec eux, on est tous comme un vol de mouettes. Cette heure file comme une flèche de bonheur. Les enfants des villages sont-ils moins gâtés que ceux des villes, moins blasés ? A la fin, je pourrais faire 12 rappels + séance d'autographes obligatoire. Les paquets cadeaux? C'est pour les maîtresses !


Denise et ses copines rangent les bancs et les chaises.

- Alors, Valentin, tu as chanté ? Son visage s'éclaire :

- Oui zai santé...Et il repart faire le tour de la salle en courant, cahin caha , Il se casse la figure tous les 50 pas. Il a eu les deux jambes cassées quand il était petit. Mais il repart bravement, et court en rond dans la vieille salle des fêtes de 1950 qui a dû en voir bien d'autres, des coureurs et des tombeurs.


On repart, Dom' et moi, la joie au coeur.

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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 22:37
Une chanson pour Noël : Papier cadeau - Paroles : Fabienne Ogier Guillou / Musique : Gérard Delahaye

Petite anecdote sur la France qui se lève tôt :  un matin de dernier jour de cette tournée de Noël, l'an 90 ou 91, je me suis levé vers 5 heures. Le "chanteur-pour-enfants" chante tôt, ce matin là, vers 9 h-9h30, il doit donc installer son matos sur site vers 8 heures, et il a une heure et demie de route. Fais le calcul, il doit se lever dès potron-minet ! Un miroir cassé attend patiemment son heure, appuyé contre la plinthe de la salle de bain, mauvais geste, dans l'agitation du réveil, boum, le miroir tombe et coupe l'arrière du pied. Aïe ! Ça saigne ! Le chanteur désinfecte rapidement, bouchonne un pansement à la va vite, pschwiitt ! Et file à Locminé dans sa

 

volvo break

vroum! Monte le matos, joue, démonte le matos. Monter, démonter, ça va, mais porter l'ensemble de la bagnole à la scène et retour...ça tue ! Et le pied fait mal. Aïe !

Reprend la route, repasse à la maison, on refait le pansement, ça saigne toujours et ça commence à faire vraiment mal. L'après midi, après un spectacle dans un salle du quartier Villejean à Rennes :

- Gérard, tu devrais consulter, quand même, c'est pas sérieux ! Urgences au CHU Pontchaillou.

- T'as vraiment du bol, hein, c'est tout près !

Et le lendemain matin, on lui recousait le tendon d'Achille, qui, coup de chance, n'avait pas été tranché totalement. Sinon, il n'aurait pas pu jouer les héros du Père Noël. Mais voilà comment on le creuse, le trou de la Sécu !


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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 22:59

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:JBDBbNW182nCoM:http://images.topflood.com/pere-noel-arrive.jpg

-  « Les enfants de militaires sont disciplinés. Ne vous faites pas de souci».


Ben si, je m'en fais, justement, parce que j'ai des heures de vol, et quelques milliers de spectacles derrière moi m'ont prouvé que les enfants se comportent partout de la même façon s'ils ne sont pas encadrés, et si on leur laisse l'occasion de déborder. Et ça ne rate pas.

Les militaires sont-ils rigoureux? L'aspirant (qui est une charmante jeune femme) nous avait annoncé 500 participants à cette fête de Noël. En réalité, c'était...500 enfants. Donc plus de 1000 personnes puisqu'il y a quelques parents, quand même. Quand on débarque dans la salle, et qu'on voit le bataillon de chaises, on frémit (Dom', et moi) Notre sono assure pour 350 - 400 personnes...Heureusement, Dom' le magicien va récupérer le signal sur la sono de la salle et sauve à peu près les meubles. Premier choc d'adrénaline à peu près étalé.

 

Les premiers rangs de chaises sont à une dizaine de mètres. Je demande qu'on les rapproche.

- Mais non, vous voyez comme la scène est haute, ils ne verront rien.

Mais si on laisse les chaises comme ça, ils vont s'asseoir par terre, et au bout de dix minutes, ce sera le foutoir, ls vont sauter, danser, se bagarrer...Vous savez, j'ai un peu d'expérience dans ce métier. Et c'est là que j'ai droit à la fameuse réplique du début :

- Mais non, Les enfants de militaires sont disciplinés. Ne vous faites pas de souci.

Dès la première chanson, trois enfants dansent. Au bout de 10 minutes, il y en a cinquante, et c'est le foutoir, ils sautent, ils se chamaillent et se bagarrent. Et forcément, personne ne chante, alors que le charme de ce spectacle se dévoile dans le chant du public. Philosophe et placide, j'applique la « tactique Patrik Ewen », et visualise mon chèque, tout en continuant à faire l'animateur souriant. 

 

Ouf, au bout d'une heure, je suis sorti de la cage aux lions, à peu près vivant. C'est le tour du Père Noël. Pendant que je me change, j'entends le fameux cantique : « Petit papa Noël », indétrônable standard. J'ai l'habitude. Mais là où je tombe par terre, c'est quand j'entends : « Minuit chrétien, c'est l'heure solennelle où l'homme Dieu descendit jusqu'à nous Pour effacer la tache originelle Et de son père arrêter le courroux : Le monde entier tressaille d'espérance A cette nuit qui lui donne un sauveur Peuple, à genoux attends ta délivrance, Noël ! Noël ! Voici le Rédempteur ! Noël ! Noël ! Voici le Rédempteur !... » toujours par le beau Tino Rossi ! Alors, celle là, on ne me l'avait jamais faite ! C'est une grande première ! Sacrés militaires ! Ils ont décidément une grande stabilité de valeur, le sabre et le goupillon


 

Séquence suivante : l'animateur sur scène :

- Dans quelques minutes, nous allons vous présenter toute l'équipe qui a œuvré pour cette après midi récréative

L'assistante du Père Noël se précipite, elle porte un costume rouge et sur la tête un chapeau avec plein de lumières rouges qui clignotent.

- Ben, Jo, faudrait se magner, hein ! Parce qu'ils sont tous en train de se barrer, maintenant qu'ils ont eu les cadeaux.

 

Tiens un petit cadeau de fin, je chantais ça à mes tout débuts, en scène avec aussi du Nougaro, Brassens, Ferré, et du folk...Le sabre et le goupillon  de et par Jean Ferrat.

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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 21:07

Avec Yvon le Men et Patrik Ewen à St Nicodème et Le Faouët 22 (à ne pas confondre avec le Faouët 56 !)


Le principe du Festival « Paroles d'hiver » est d'envoyer des spectacles partout dans les Côtes d'Armor, et surtout là où il n'y en a pas d'habitude. Chaque soirée est prise en charge par une équipe locale, et le Festival met à disposition l'équipe technique et le matériel. Vu côté artiste, c'est toujours un peu déconcertant, car les salles ne sont pas de "vraies" salles de spectacle. Nous, Yvon, Patrik et moi, ça ne nous fait pas peur : on écume toutes sortes de lieux en Bretagne, depuis les années 70. Mais ce spectacle là, on ne l'a jamais joué que sur de "vraies" scènes. Petite inquiétude, donc.  


J'ai déjà parlé de ce spectacle que nous venons de remonter 20 ans après sa création et avec quelques soucis au début. Pour voir les épisodes précédents cliquez ici.


A Saint Nicodème, alors que les prémices du déluge s'abattent dehors en hurlant, tout s'annonce bien. Attention : retransmission en direct, s'il vous plaît, dans le monde entier, puisque Radio Kreiz Breizh, basée dans le bâtiment qui jouxte la salle polyvalente où nous jouons, met en place un système d'enregistrement et diffusion sur ses ondes et sur le net. L'équipe d'accueil, comme elle le sera le lendemain au Faouet, d'ailleurs, est motivée et efficace. On prend le repas ensemble, sur place, et la salle se remplit doucement de gens du cru, de familles avec enfants. Yvon se réjouit d'une telle affluence pour de la poésie. « Mais non, Yvon, ils viennent pour les histoires et les chansons ! »Je ne peux pas m'empêcher de le chambrer ! Mais 200 spectateurs pour un village de 200 personnes, c'est plutôt un succès, non?


Contrairement à la création, à St Martin des Champs, où Patrik et Yvon entraient et sortaient selon leurs interventions, la scène ici est minuscule, et nous avons pris le parti de rester assis côte à côte pendant l'ensemble du spectacle. Pas facile, d'autant que la lumière ne permet pas vraiment de nous isoler quant on n'est pas en action. Il est probable que beaucoup ne savent pas exactement ce qu'ils vont entendre. Il n'est pas si courant d'avoir sur la même scène un conteur, un poète, un chanteur. Mais on sent qu'ils entrent peu à peu dans le voyage qu'on leur propose. Un voyage vers l'Extrême Nord, mais aussi vers une intériorité intime. Globalement, tout se passe bien. Mais voilà que mon micro HF se met à réagir bizarrement, avec des sautes de niveau, fort, puis faible, puis fort, dents de scie désagréables...Et je ne pense plus qu'à ça, le diable noir est en pleine action. Merdalors ! Heureusement, il y a mes deux compères, qui assurent, et il y a les chansons, les textes, qui nous portent au moins autant qu'on les porte. A la sortie les gens semblent comblés.  


Le lendemain aussi. Au Faouët, (où selon les organisateurs, on a refusé une centaine de spectateurs !) On a quand même réussi à en faire entrer 180 dans la salle prévue pour 90...Pas mal pour de la poésie ! (mais non Yvon !..) et dans un village de 250 habitants. Et ceux qui sont là vibrent avec nous à l'unisson. La scène est encore plus petite que la veille. Pas croyab' ! Juste devant nous, un gamin assis par terre joue à la toupie. Pas de problème technique, cette fois. Et je sens que le vaisseau vogue au mieux.


A notre sortie de scène, les commentaires rejoignent ceux de la veille : « ça nous fait du bien d'entendre un autre langage que dans les médias, qui nous sucent le sang et nous pompent toujours le même air de la crise et d'une réalité grise ». « Merci pour ce voyage, j'ai vu de belles images, des paysages »...Quel beau métier ! On n'est pas des stars, mais on est un maillon de vie dans ce pays. C'est pour ce sentiment de communion qu'on a choisi ce métier il y a longtemps. Et de plus en plus souvent je rentre à la maison avec le sentiment d'être à ma place dans le monde. Ca ne serait pas ça le bonheur ?

 


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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 09:02

 (y a t-il des accents aigus à Sansévérino?)

 

Ouiaiais !!! Un musicien qui chante, ou un chanteur qui musique, comme vous voulez ! J'aime bien quand on ne peut plus faire la différence. Notre ami ( je dis « notre ami », car c'est forcément un pote avec ce qu'il raconte, on va pas le vouvoyer, et lui donner du Monsieur, on va boire une bière avec lui au comptoir en jouant au PMU ! ) que je ne connais pas, développe à la fois humour, verve des mots, calembours et riffs qui tuent, tout ça avec un son de voyou ! En voilà un, j'en suis sûr, qui a mis son côté mauvais garçon dans sa gratte. Il ne se tape pas de littérature, mais il en fait de la grande, plutôt côté San Antonio, Audiard et Tontons flingueurs que Stendhal et côté musique, ça furète partout où ça swingue, swing manouche, bien sûr, on le savait d'avant, mais aussi un net penchant pour la country épicée, voire le blue grass, virtuosité et enthousiasme. C'est vrai qu'on est un peu las des pompes est-européennes, qui camouflent souvent un manque de musicalité attristant, nouveau conformisme. (Pardon, Fatras, je vous aime bien, mais c'est pas pareil !)

 

Mais là où il y a miracle, c'est quand le délire, contrôlé, envahit autant le domaine du mot que de la musique. Sur son fil d'équilibriste sonore et rythmique, on dirait qu'il danse toujours au ras de la chute (ça sent le contrepet) comme s'il était toujours en impro de texte. Ça nous donne des bijoux comme «A Boy Named Sue»

et tous ces bijoux font un joli collier, avec des perles de 90 secondes comme « Finis ta vaisselle » (sinon tu finiras ta vie seul !) que je vous propose en apéro. Zut, Deezer i veut pas me le donner. Alors je change ma commande, Eh ! Marcel Le Diseur, tu me passerais "Dimanche dernier"? Un genre de chanson berceuse pour les enfants, mais plutôt foutraque ! Ben non, non plus ! Bon alors, allez acheter l'album, à la fin, y a rien à jeter ! Et il faut bien qu'ils gagnent trois tunes, les artisses !
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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 14:54

Deuxième visuel : d'un rose parfaitement bonbon!

 

 

L'enregistrement


Soyons nets une fois encore : on n'y connaissait rien ! Ni en maçonnerie, pourtant on s'est lancé dans des travaux herculéens, ni en production de disque, mais on s'y est lancé quand même, dans le vide. Mais il faut dire qu'après 68, on savait tout sans l'avoir appris (je ne veux pas généraliser, mais moi, j'étais comme ça). L'album a été enregistré au Grinec, dans la maison que j'habitais seul après l'avoir partagée avec Patrik Ewen (son spectacle « A la lisière des trois pays et des deux mondes » narre fort bien la découverte de la bicoque et notre conquête de l'Ouest).


Richard Renaud et Lucien Massé, qui étaient ingénieurs...en électronique dans le pays de Lannion, se lancèrent aussi dans la prise de son, et en quelques jours, la chose était faite, dans une ambiance plutôt détendue. En tout cas« Le rag de la pauvre verrue solitaire et édentée «  qui clôt l'album avec des cris avinés (en réalité, ce n'était pas du vin mais de l'eggnog, coktail de bourbon, crème et jaunes d'oeufs dont Mary Rhoads s'était fait une spécialité) semble témoigner d'une certaine détente. Si mes souvenirs sont bons...Mais il faudrait vérifier auprès de mémoires plus fiables que la mienne.


La technique était on ne peut plus simple : un magnétophone deux pistes stéréo, et quelques micros judicieusement placés : on n'a pas trouvé mieux depuis ! Pas de « rere », pas de parachute, si on se trompe? Soit on garde malgré tout, soit on refait toute la chanson, tous ensemble. Au bout de quelques prises, on finit par accepter la fatalité : on n'arrivera pas à tout jouer tout bien tous au même moment ! Il y a donc quelques « pains «  qui traînent ici ou là, faussetés, mises en place...(J'ai mis 20 ans à comprendre ce que c'est qu'une mise en place, alors, en 73...!!!). Mais on a un vrai son d'époque, « kitchen sound from the Arrée Mountains ». Et bien sûr, cet album est un concentré des potes de l'époque, Patrik Ewen en tête.


Ici, dans le titre "La Faridondaine" (on ne connaisait pas le mot éponyme en 73 !) une ambiance festive typique.

 

 

 

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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 08:42

Foot et chanson. Quel rapport ?

 

Il m'est arrivé, en regardant le Réal Madrid et son jeu à « une touche de balle », de comparer leur art à l'improvisation maîtrisée d'un orchestre de jazz, ou chaque soliste sert le groupe à merveille. L'harmonie de la création spontanée et de l'inventivité joyeuse semble auréoler la terre entière. Je suis loin d'être un fou de foot. Je regarde un match de temps en temps, les rendez vous au sommet en Ligue de Champions, ou quelques matches phares. Mais le plus souvent, soyons honnêtes, je m'ennuie un peu : j'attends 89 minutes que deux actions d'éclat nourrissent la minute restante.

 

Hier soir, on était loin des anges du Real : 120 minutes de misère, et à l'arrivée, un sombre bouquet final : les secondes éclatantes sont ternies par une main pas fair play du tout. Devant un orchestre national de ce niveau, alors que les solistes sont tous des bêtes de scène, de finesse et technique, j'aurais tendance à dire : »le chef est nul! ». Mais reconnaissons que les Irlandais jouaient comme des morts de faim. C'était facile pour eux, ils étaient au moins quatre de plus, normal qu'ils piquent tous les ballons !

 

Il y a eu sur Facebook création d'un groupe : « Pour que l'Irlande batte la France », et ça m'a posé question. Et voilà que soudain, juste avant le match, je me suis souvenu du Mondial 2008, et des conséquences de l'emballement populaire et médiatique. Allez donc faire un concert le soir où joue l'équipe de France ! Quelle galère ! Il faut jouer avant ou après, sinon on perd 50% de spectateurs ! Rage et frustration ! Du coup j'en arrivais à souhaiter la défaite du Onze français.

 

(Ici, une ode à Zidane prémonitoire, puisque enregistrée bien avant le coup de boule du mondial)

Oui mais...A Collinée, après un concert du Trio qui avait été avancé à 18 h, on s'est tous retrouvés au bistrot du bourg à 21h autour d'une bière à encourager nos héros bleus. Oui mais...A St Barthélémy d'Anjou, Michel Oger avait eu la bonne idée de placer un grand écran dans le parc, et après le spectacle, tout le monde allongé dans l'herbe et dans la tiède nuit tombante. Oui mais...Ce sentiment d'être tous ensemble en 98, une vraie France comme on la rêve en utopie, avec rien que des potes. Pour des émotions comme celles là, d'accord, on pourrait dire que je suis « trop français ». (Voir l'article sur « la Faridondaine »)

 

Mais hier soir...J'aurais préféré être Irlandais.

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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 23:28

1er Décembre 2009 : Ressortie de l'album La Faridondaine en téléchargement chez tous les bons disquaires virtuels.

 


Youpiie !...Voici une perle rose qui va s'enfiler sur le collier muticolore de ma discographie (métaphore hardie !) Voyez ici à gauche ce visuel super pro, et vous comprendrez illico que nous étions dès le départ dans les hautes sphères de la Prod'...


la Faridondaine, mon premier album, mais aussi  témoin de naissance de la Coopérative Névénoé sur laquelle je reviendrai plus tard, et à ce titre un véritable monument historique !

 

Petit historique, justement :


Au début des années 70, Kelenn était le label de référence en Bretagne, et j'avais déjà enregistré pour eux un 45 tours 17 cm en 1972. Je leur ai naturellement proposé un album en 73, mais ...Ils l'ont refusé : «Trop français !» fut le verdict et le motif de la punition : j'ai passé ma vie de chanteur à être puni pour être parfois trop français, parfois trop breton. Extrait de l'album : "le vent"

 


Déclic ! Depuis le temps que l'on causait avec Patrik Ewen de créer « notre boite », de détruire ce maudit show-biz, ils allaient voir ce qu'ils allaient voir...On s'est lancé au printemps 73. On n'avait pas de structure, on n'y connaissait rien. Ar Falz  (Per Honoré en était le président à l'époque) se proposa de nous prendre sous son aile. Et après une vaste souscription, au prix de 20 francs l'unité (voir le bulletin de souscription originel ci dessous) nous sortîmes la Faridondaine au mois d'octobre chez « Névénoé, kevrenn euz ar Falz ». Succès immédiat ? Non, pas vraiment, mais il faut bien commencer, que diable !


Détail croustillant : l'album a eu deux tirages de pochette, le premier disons rose bonbon, le deuxième rose tyrrhien. Dans les deux cas, ça me semble de très mauvais goût avec le recul, mais on n'avait peur de rien : on était en train de changer le monde ! (deuxième visuel bientôt...Suspense !)

 

PS : Merci à Jean Théfaine, qui m'a coaché pour insérer du son dans l'article !

 



 

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 09:50

LA PREMIERE GUITARE

 

Ah ! La guitare, s'il n'y avait pas la guitare (et, soyons honnêtes : l'accordéon, issu d'une tribu technologiquement très lointaine, mais dont le point commun est la transportabilité, oui, d'accord, le violon, ok, mais il y a assez peu de chanteurs qui s'accompagnent au violon!) que de trésors jamais créés l'humanité aurait perdus pour toujours. Braillements et ferraillements rock 'n rolleux de Led Zep, ballades sirupeuses d'Elvis, ronronnements raminagrobissiens de Brassens. Nous resterait que Beethov et Mozart, habiles, certes, dans leur domaine, mais on ne tombe pas dans toutes les chaumières sur un clavecin ou un piano forte. Alors que Woodie Guthrie, les hippies migrateurs de Katmandou ou les chansonniers improvisateurs du Brésil peuvent traverser des continents avec leurs chansons sous la patte.


J'étais à la Flèche au Prytanée militaire, et comptais bien perpétuer la tradition militaire familiale. C'étaient les débuts de Johnny, mais il me semble que mon coup de foudre est antérieur. Jusqu'alors, je m'étais contenté d'un harmonica (diatonique, au début) dont je jouais en journée dans la salle de douches, vu que c'est là que ça résonnait le mieux : carrelage sur vingt mètres carrés, sols, murs, plafonds. « Mon prince, on a les cathédrales du temps jadis qu'on peut ». Et puis, il y a eu une fête de fin de trimestre, fête d'école, et là j'ai vu apparaître sur scène deux de mes copains de classe, qui chantaient je ne sais quoi avec une guitare. L'effet a été immédiat : je traduirais aujourd'hui par une phrase qui disait : »c'est ça que je veux faire ». Mais, en réalité, c'était un choc au plexus. Comment, avec ce truc rudimentaire, on peut être dans la lumière (j'ai oublié de dire combien j'étais timide, à douze ans), et les gens vous écoutent, vous regardent, les copains applaudissent, et on peut faire sortir du sentiment, de l'émotion? (j'ai oublié de dire combien j'étais renfermé, à douze ans).


On devait être en octobre ou novembre, ( et donc ce n'était pas une fête de fin de trimestre, c'était autre chose !) et j'en ai parlé à ma mère. Comment j'ai pu le lui dire, ou le lui écrire je ne sais pas (c'était une époque lointaine où on s'écrivait des lettres, avec des vrais morceaux de mots) mais elle a dû sentir l'urgence et l'importance que cette demande avait pour moi, moi qui ne demandais jamais rien de spécial.


A Noël, sous le sapin, j'ai reçu une guitare espagnole, à la caisse toute ornée de nacre (du plastique, probablement) et de décorations magnifiques. La surprise était énorme. J'en ai pleuré. Je ne l'ai appris que plus tard, mais pour me faire ce cadeau, ma mère avait emprunté de l'argent à mon grand père. Et comme je ne savais même pas comment marchait cette merveille, je mettais mon index gauche en barré sur toutes les cordes, et je jouais en glissant sur le manche, dong digue dong - digue dong dong dong, qui ressemblait à du flamenco, et toute la famille de s'esbaudir. J'ai compris ensuite que tous les doigts ne faisaient pas forcément la même chose ! Je suis rentré dans mon pensionnat avec ma passion toute neuve, et depuis ce jour, ma vie a changé.

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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 18:18
Choqué par la pub BMW qui court en ce moment sur les écrans, j'ai pondu un petit billet d'humeur dans "le Monde". Il semble qu'on ne puisse le lire que si on est abonné. Pour les autres, voici l'article :

QUE MA JOIE DEMEURE?


15.09.09

Que La joie® soit avec nous ! Au volant d'une BMW rutilante, femmes et hommes, jeunes, belles et beaux, irradiant le bonheur de vivre, nous montrent le vrai chemin de l'aventure humaine enfin à son terme abouti : conduire un bolide aux formes épurées, félines et presque lascives. "La joie®" est le leitmotiv de ce morceau de pub diffusé sur les écrans de télé et de cinéma. Pourquoi, après d'autres milliers du même métal qui m'ont laissé indifférent, pourquoi ai-je failli pleurer de rage en découvrant ce spot, étincelant et cynique, mais ni plus ni moins que les autres?

Parce que cette fois, je me suis senti dépouillé, volé, spolié d'un mot clé, d'un mot profond, chaud et soyeux comme la chair même de la vie. Que l'on ne puisse plus écrire, penser, dire, "La joie®" sans voir surgir l'image de ces bagnoles et de ces personnages sans relief et sans lumière intérieure, cela m'affecte, me blesse, me meurtrit. Je ressens cette appropriation du mot, de la beauté de cette émotion, "La joie®", ainsi que de la route que le spot nous indique pour l'atteindre, comme un discours fasciste et totalitaire. J'ai le même sentiment d'emprisonnement et de révolte que lorsque j'apprends la privatisation du vivant, d'une plante ou d'une substance qui sont le bien commun de l'humanité. BMW va-t-il déposer le slogan (je ne trouve plus le terme en jargon publicitaire) "La joie®"? Devrons nous écrire un R dans un cercle chaque fois que nous l'utiliserons?

Cliquez ici pour voir cette pub

J'arrête là : vite je cours déposer Le Bonheur®, l'Amour®, La Femme®, Le Cochon®, La Pierre®, La Terre®, et La Connerie®. Je trouverai bien un fabricant de bagnole ou un publicitaire à qui les revendre d'occasion. Et je m'en vais relire une pure merveille :"L'art de la joie" de Goliarda Sapienza. . 


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