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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 21:54

 

D'abord, être très doué dès le départ, avoir le coup de foudre pour l'instrument. Travailler d'arrache pied des milliers d'heures. Ecouter les autres, et se demander comment diable ils arrivent à faire des rointudju de phrases pareilles, essayer de les imiter. Apprendre le solfège et l'harmonie: ce n'est pas indispensable, mais ça permet d'aller plus loin si on ne se laisse pas piéger dans leurs filets. Ecouter surtout beaucoup de musique de toutes sortes, sinon, tu seras peut être un grand guitariste, mais tu pourrais ne pas être un musicien. Et il y a une nuance de taille.

 

Avant, il y avait eu l'harmonica chromatique (dans les sanitaires du lycée, le carrelage faisait une superbe réverbe). Puis je me suis lancé à corps perdu dans la guitare qu'on m'avait offerte à Noël. Ça a été ma voie, ma libération. Mais j'ai vite compris que j'avais des limitations, ne serait ce que la vélocité! je traînais en queue de peloton. Il faut dire que la virtuosité, la vélocité pour elles mêmes, je vois ça plus comme du sport que de la musique. Mais quand on voit cette vidéo d'Antoine Dufour (merci Melaine!) qui explose les limites de la guitare acoustique, je revois ma position: c'est fabuleux. Il gratte, il caresse, il frappe la caisse, percussion, harmoniques, tous ces timbres incroyables sortent d'une seule guitare! Heureusement qu'il n'existait pas dans les années 60 Antoine, il m'aurait rendu maboule. 

 

 

 

Mais je vous avoue qu'après trois quatre morceaux, tout virtuose qu'il soit, je commence à m'ennuyer. J'ai besoin de voyager avec des mots, des images. C'est ma force et ma faiblesse.

 

Pour devenir un très bon guitariste, il faut avoir le nez dans sa guitare. Et ça vaut pour beaucoup d'instrumentistes: ils sont tellement concentrés sur leur instrument, qu'ils en oublient le public. Tout leur énergie passe dans l'instrument pour ensuite arriver à l'auditeur. C'est à la fois leur force et leur faiblesse. C'est pourquoi il est rare qu'un chanteur soit aussi un très grand instrumentiste. Et qu'un grand instrumentiste soit un très bon chanteur. Oui, je sais, il y a des exceptions, il y a, voyons... Matthieu Chedid, Sanseverino, Mark Knopfler, et par dessus tout Prince, qui porte bien son nom modeste et génial. Forcément, si tu m'envoies que des surdoués, je peux pas lutter. Bon, je retire ce que j'ai dit: il y en a pas mal qui savent faire les deux. Sans parler des pianistes. (Si vous avez d'autres propositions, et je sais qu'il y en a des centaines, je suis preneur. Il y a l'option "commentaires" ci-dessous.)

 

Mais quand même, c'est mon point de vue et je le partage: dans la plupart des cas, le chanteur qui s'accompagne lui-même est dirigé vers le public, plus que vers son instrument. Son instrument est un soutien, un accompagnement, un arrière plan, qui permet de créer de l'espace, de donner des repères rythmiques, de faire surgir des silences dans le chant. Pour illustrer ça, à l'opposé d'Antoine Dufour, super virtuose, je placerais Richard Desjardins:technique guitaristique modeste, mais quel souffle épique et poétique!

 

 

Tournée en France en mai prochain (St Jacques de la Lande le le 17 mai)

 

L'investissement du chant demande une grande intensité. Quand tu t'adresses à quelqu'un, en principe, tu le regardes dans les yeux, et ton instrument, tu ne peux plus t'y noyer. En revanche, comme tout progresse à toute vitesse, des chanteurs qui sont aussi d'excellents guitaristes, sans être forcément géniaux, il y en a de plus en plus. Et ça, c'est bien!

 

Moralité qui vaut ce qu'elle vaut: si tu veux devenir un grand guitariste, évite de te prendre pour un chanteur, et c'havaille comme un damné.     

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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 16:34

Jean Michel Kajdan est un guitariste exceptionnel, et qui plus est, un excellent musicien (un jour je vous causerai de la différence qu'il peut y avoir entre les deux !). Outre ses albums solos, il a joué avec toutes les stars françaises : Jacques Higelin, Michel Jonasz (Olympia, Concert Amnesty Intl à Bercy), Eddy Mitchell, Odeurs, Catherine Lara, Joe Dassin, Robert Charlebois, Alain Chamfort, Patrick Juvet, Coluche, Alain Souchon, Jean-Jacques Milteau… pour ne nommer qu’eux (je repique de sa bio sur son site). Il a même joué avec moi sur deux albums : "La Princesse Dorothée", dont il a été réalisateur en 84, et "Chansons de toutes les couleurs" en 90. C'est vous dire s'il est bon !  

 

Kajdan.jpg

 

Mais voici qu'il a eu une idée de génie pour associer à son prochain album un max de monde : jouer un énorme accord de SOL à plusieurs, voire même...plus que plusieurs  ! Vous aussi vous pouvez y participer, et serez sur le générique de l'album. Il y a juste quelques normes techniques d'enregistrement à respecter, vous les trouverez sur son site: 

www.kajdan.com

 

Jouer un SOL à cinquante ou cent, ou deux cents, ou même un miyion de guitaristes ! (là, je ne sais pas s'il ferait une affaire, ça lui coûterait un max en montage et en papier dans le livret du CD rien que pour citer tout le monde). Allez ! je m'y mets dès que mon ordi de MAO est réparé ! On a jusqu'au 31 octobre à minuit pétante. 

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 15:50

On me demande parfois comment je joue tel ou tel morceau à la guitare, et je suis souvent bien en peine de répondre. Bien sûr il y a des morceaux dont l'accompagnement est assez standard, et qui tient dans une grille d'accords. Mais souvent, sur cet instrument, chacun développe des petits trucs et ficelles qui au final, ajoutés et ajoutées les uns et les unes aux autres font "le son", un mélange de phrasé, d'attaque et de retenue, d'énergie...Bref, la personnalité du musicien.  


Moi, je n'ai pas du tout l'impression d'être un guitariste remarquable par sa technique: je ne suis pas du tout virtuose. En revanche, j'ai un jeu un peu particulier, qui a émergé à force de milliers d'heures passées sur la guitare, et aussi à travers des expériences parfois...douloureuses. Exemple : allez vous faire entendre dans un bistrot où trente personnes accoudées au bar vous ignorent et discutent à bâtons rompus. Je vous parle d'un temps où on jouait sans sono, ou d'un temps à peine plus proche, avant les piezo, où je jouais ma guitare devant un micro dynamique, avec les coups de larsen qui vont avec. Pour résister, je me suis fortifié la voix, la main droite a cogné plus fort, j'ai abandonné les onglets et leur subtilité folk pour le médiator, nerveux et plus rock. 


C'est enregistré à l'arrache, et j'ai même laissé un "pain" pour vous décomplexer !

 

 

 

Pour jouer ce morceau, je commence par désaccorder ma corde grave de MI en RE. On a donc :

RE LA RE SOL SI MI. 

(donc DADGBE, et non pas DADGAD, qui serait RE LA RE SOL LA RE).

Vous croirez peut être jouer en RE, mais non : Le morceau est en SOL mineur. Ou plutôt, il s'agit d'une gamme modale dont je ne connais pas le nom (à l'aide les spécialistes !) :

 SOL LA SIb DO RE MI FA# SOL

(et pas de DO#, qui serait plus oriental) 

 

Je joue au médiator, mais il y a un balancier presque permanent entre la mélodie (que je joue sur les cordes de SOL et de RE medium) et la basse en RE grave, corde à vide, sur le temps 1 et 3, mais... pas toujours. Je pense que c'est la partie la plus difficile, car, c'est un "tic", un "truc" que j'ai développé peu à peu, qui m'est naturel, mais pas forcément facile à choper. Je vous laisse essayer, et je m'efforcerai de compléter les détails manquants en fonction des questions. 

 

Bon courage !


 

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 09:50

LA PREMIERE GUITARE

 

Ah ! La guitare, s'il n'y avait pas la guitare (et, soyons honnêtes : l'accordéon, issu d'une tribu technologiquement très lointaine, mais dont le point commun est la transportabilité, oui, d'accord, le violon, ok, mais il y a assez peu de chanteurs qui s'accompagnent au violon!) que de trésors jamais créés l'humanité aurait perdus pour toujours. Braillements et ferraillements rock 'n rolleux de Led Zep, ballades sirupeuses d'Elvis, ronronnements raminagrobissiens de Brassens. Nous resterait que Beethov et Mozart, habiles, certes, dans leur domaine, mais on ne tombe pas dans toutes les chaumières sur un clavecin ou un piano forte. Alors que Woodie Guthrie, les hippies migrateurs de Katmandou ou les chansonniers improvisateurs du Brésil peuvent traverser des continents avec leurs chansons sous la patte.


J'étais à la Flèche au Prytanée militaire, et comptais bien perpétuer la tradition militaire familiale. C'étaient les débuts de Johnny, mais il me semble que mon coup de foudre est antérieur. Jusqu'alors, je m'étais contenté d'un harmonica (diatonique, au début) dont je jouais en journée dans la salle de douches, vu que c'est là que ça résonnait le mieux : carrelage sur vingt mètres carrés, sols, murs, plafonds. « Mon prince, on a les cathédrales du temps jadis qu'on peut ». Et puis, il y a eu une fête de fin de trimestre, fête d'école, et là j'ai vu apparaître sur scène deux de mes copains de classe, qui chantaient je ne sais quoi avec une guitare. L'effet a été immédiat : je traduirais aujourd'hui par une phrase qui disait : »c'est ça que je veux faire ». Mais, en réalité, c'était un choc au plexus. Comment, avec ce truc rudimentaire, on peut être dans la lumière (j'ai oublié de dire combien j'étais timide, à douze ans), et les gens vous écoutent, vous regardent, les copains applaudissent, et on peut faire sortir du sentiment, de l'émotion? (j'ai oublié de dire combien j'étais renfermé, à douze ans).


On devait être en octobre ou novembre, ( et donc ce n'était pas une fête de fin de trimestre, c'était autre chose !) et j'en ai parlé à ma mère. Comment j'ai pu le lui dire, ou le lui écrire je ne sais pas (c'était une époque lointaine où on s'écrivait des lettres, avec des vrais morceaux de mots) mais elle a dû sentir l'urgence et l'importance que cette demande avait pour moi, moi qui ne demandais jamais rien de spécial.


A Noël, sous le sapin, j'ai reçu une guitare espagnole, à la caisse toute ornée de nacre (du plastique, probablement) et de décorations magnifiques. La surprise était énorme. J'en ai pleuré. Je ne l'ai appris que plus tard, mais pour me faire ce cadeau, ma mère avait emprunté de l'argent à mon grand père. Et comme je ne savais même pas comment marchait cette merveille, je mettais mon index gauche en barré sur toutes les cordes, et je jouais en glissant sur le manche, dong digue dong - digue dong dong dong, qui ressemblait à du flamenco, et toute la famille de s'esbaudir. J'ai compris ensuite que tous les doigts ne faisaient pas forcément la même chose ! Je suis rentré dans mon pensionnat avec ma passion toute neuve, et depuis ce jour, ma vie a changé.

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