Overblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un chanteur de toutes les couleurs

Une chanson : La théière magique de Beyrouth

Petit cadeau de Noël ! Récit d'une rencontre émouvante à Beyrouth, il y a quelques années.

 

 

 

 

 

J’ai entendu parler de gens qui ne supportent pour leur thé que la porcelaine de Chine. « Tu sais, mon chou, la porcelaine fait naître un parfum incomparable ". Moi, je m’étais remis à la chasse à la bouilloire, une petite bouilloire en laiton, qu’on ne trouve que dans les souks et que je voulais rapporter à la maison. On peut la poser directement sur la flamme du gaz, on y fait bouillir de l’eau, on peut même s’en servir comme théière.

 

La bouilloire n’était qu’un prétexte, bien sûr. Ça faisait sérieux ! Mais en réalité, ça me plaisait d’errer sans but, pour le seul plaisir de marcher. J’allais donc dans le quartier de Hamra, sac au dos et nez au vent, dans le chahut de la ville orientale, fait de klaxons avant tout, langage complexe des « taxis-services » qui chassent le client à petits coups de pouet-pouet. Et Beyrouth c'est déjà le début de l'Orient mystérieux.

 

HamraTiens ! Une vitrine où trônent des robots ménagers, des torchons, des plats, des assiettes, des cloches à fromage, des couverts en inox, tout un bric-à-brac de ménage sous une enseigne qui annonce : « Happy Home » : beau programme ! J'entre, plein d'espoir. A l’intérieur, on circule difficilement entre le barbecue électrique, la machine à coudre, les poupées archikitsch dans leur carton fleuri, les cadres rutilants autour des ruines romaines de Baalbek. Et je me retrouve soudain dans le bazar de Kérinou, à Brest, chez monsieur Mevel, où l’on vendait du fil, des aiguilles, des Dinky Toys et des Majorettes, des louches et des couteaux, des cahiers d'écolier. Un couple finit ses achats, qu'un vieux monsieur presque chauve, tout courbé, fragile dans sa blouse grise, est en train d'empaqueter dans un papier cadeau. Je fais le tour des étagères : rien qui ressemble à ma bouilloire. Zut !

 

Je vais sortir, quand le vieux vendeur engage la conversation. Il a une voix toute douce.

- Qu'est ce que vous faites à Beyrouth? Touriste?

- Non, pas vraiment : je chante au lycée français, pour les enfants.

- Alors, vous jouez d'un instrument ? 

- Bien sûr, je joue de la guitare.

Son visage fripé s'illumine. Il file dans l'arrière boutique et en ramène une guitare à cordes nylon, toute amochée, couverte de plaies et de bosses.

- Une chanson douce?

Je ne comprends pas tout de suite. Il fredonne :

- Une chanson douce que me chantait ma maman... 

- Ah, mais oui, bien sûr...!

 

En souriant, il me tend la guitare, m'installe sur un tabouret, s'assied près de moi tout penché et je lui chante la chanson d'Henri Salvador. Les cordes sont beaucoup trop hautes, mais j'arrive à jouer quelque chose qui ressemble à l'arpège originel d'Henri le guitariste. Il murmure : « Salaam, salaam , c'est beau, c'est beau ! ». Il garde les yeux fermés. Il se balance. Il est au pays du bonheur, et je suis presque gêné de le voir si heureux, sans retenue. Les années cinquante, la jeunesse insouciante avant la guerre, ça doit défiler dans sa tête...

 

 

 

Et pendant plus d'une heure, nous échangeons des airs, au milieu des assiettes, des moulins à légumes, des râpes à fromage et des cocottes minute. Je lui chante « Bambino » et « La mer » de Trenet. Et lui, de ses doigts hésitants, il me joue « La Paloma » et des flamencos un peu boiteux. Ses mains tremblent, il a le regard en dedans. Coup de chance, il n'entre pas de nouveau client dans le « Happy Home ». Nous sommes tous deux au pays de la musique, le pays où il n'y a pas besoin de passeport. Au moment de partir, je veux lui acheter une petite théière émaillée de bleu : ce n'est pas du tout ce que je cherchais, mais ce sera le témoin, le souvenir de ce moment magique. Il refuse net mon argent :

 

- Mais non, mais non ! Vous avez donné quelque chose, merci, merci !

Et comme il voit que je m'apprête à partir, vite ! il trottine derrière le comptoir. Il en sort encore une autre guitare, plus petite, plus facile à jouer, mais un peu fausse. Je joue encore, il est heureux.

- Salaam, salaam !

Je reviens à mon hôtel en taxi-service comme sur un tapis volant.

 

théière bleue

Aujourd'hui, la théière bleue est dans la cuisine, devant la fenêtre. J'y préparais des tisanes. Mais il fallait se méfier : elle brûlait les doigts. Ma nièce m'a fait remarquer que le fond était tout rouillé, elle voulait la mettre à la poubelle. Hé ! Ça va pas la tête ? Y a un génie dans la théière ! J'y mettrai des fleurs !

 

Une chanson douce que me chantait ma maman...

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
N
Très belle histoire ! Je comprends mieux ta réaction !! Hahaha, j'aurais eu carrément la même.<br /> Gros bisous mon onc' !
Répondre
M
merci
Répondre
S
<br /> C'est une bien belle histoire...Comme le dit Bernard Lavillier "La musique est un cri qui vient de l'intérieur"...et qui procure tellement de beaux moments!<br /> Ce midi, j'ai retrouvé sur le web la Chanson Douce, chantée par Henri:magnifique!<br /> <br /> <br />
Répondre
M
<br /> Coucou Gérard,<br /> <br /> Ton histoire est très belle.<br /> J'ai voyagé au Liban ces dernières années.<br /> Pour des concerts, pour une musique de film et pour le plaisir de ce pays. yanéh !!<br /> C'est touchant pour moi ce que tu as écrit, parce que, j 'ai rapporté moi aussi un théière de Beirut et chanté une chanson douce là bas ^^<br /> <br /> Bonne année à toi,<br /> <br /> Marie<br /> <br /> <br />
Répondre
G
<br /> C'est peut être le même magasin !<br /> <br /> <br />
M
<br /> Très belle histoire.<br /> <br /> <br />
Répondre
P
<br /> ...et il y a encore des gens qui ne croient ni aux contes de fées ni au Père Noël !<br /> <br /> <br />
Répondre